Subject: Pastillage immobilier : l’économie parisienne en danger

Madame,

Monsieur,



Nous avons tendance à oublier qu'une ville est d'abord un marché de l'emploi. La densité et la mobilité offrent de nombreux avantages au prix de nuisances consenties par les habitants. Les travailleurs savent qu'ils auront à Paris le choix optimal d'employeurs et, s'ils lancent leur entreprise, de salariés et de clients. Les jeunes peuvent choisir leur parcours parmi une offre large d'écoles puis d'universités. L'offre culturelle de Paris est considérable. Chaque sensibilité politique cherche le meilleur équilibre entre les avantages, le dynamisme économique et culturel, et les inconvénients qui en découlent en matière de circulation, de chantiers et de logement.


J'ai co-écrit la tribune suivante avec Valérie Montandon, conseillère de Paris et de la Région Ile-de-France, sur les menaces que la majorité actuelle fait peser sur l'avenir de la capitale avec son projet de Plan Local d'Urbanisme "bioclimatique" qui sera débattu (et voté sans suspense) mercredi. La voici en lien




Je vous livre ici son texte :


Pastillage immobilier : l’économie parisienne en danger


La mairie de Paris est-elle en train de tuer la poule aux œufs d’or ? Le nouveau Plan Local d’Urbanisme bioclimatique (PLUb) s’annonce comme une catastrophe pour Paris. Anne Hidalgo compte réduire la place des bureaux à Paris au profit de logements sociaux afin de faire monter leur poids de 25% à 40% du logement dans son ensemble. La vie économique est déjà perturbée par la hausse massive de la fiscalité locale et le blocage croissant de toute circulation dans la capitale. Le commerce se porte mal et doit souvent sa survie aux touristes vers lesquels il se tourne de plus en plus au détriment des habitants. Le seul secteur qui résiste est celui des bureaux qui connait un taux de vacance historiquement faible proche de 3%. En s’attaquant à eux, le vote définitif de ce PLUb au Conseil de Paris de novembre risque de saper l’activité d’une partie des 550.000 entreprises parisiennes.


Le futur plan prévoit une liste de près de 1.000 emplacements réservés, pour l’essentiel des immeubles de bureaux. Ce "pastillage" permettra à la municipalité de leur imposer une conversion partielle en logements sociaux ou à Bail Réel Solidaire (BRS) en cas de travaux, d’extension, de surélévation ou de changement de destination. Un mécanisme quasi similaire de conversion arbitraire au nom du principe de mixité fonctionnelle concernera tous les immeubles de bureaux de plus de 5.000m2, notamment dans le centre et l’ouest parisien. Cette forme insidieuse d’expropriation a entrainé une fonte instantanée d’au moins 30% de la valeur foncière des immeubles concernés. Plus personne n’osera engager des projets de restructuration avec cette épée de Damoclès au-dessus de la tête. La demande de bureaux est pourtant forte avec un taux de vacance historiquement bas de 4 % contrairement à la proche banlieue qui voit son attractivité chuter. Les transports en commun convergent vers le centre de Paris et renforcent le caractère prisé de ses quartiers d’affaires également faciles d’accès à vélo pour les Parisiens.


La commission d’enquête publique sur la révision du PLU regrette dans son rapport récent « que la ville sous-estime complètement l’impact d’un emplacement réservé sur des immeubles dédiés aux activités économiques » et que les immeubles des administrations publiques, eux, « ne fassent pas davantage l’objet d’emplacements réservés ». Elle demande par conséquent à la Ville de Paris un retour d’expérience sur la mixité fonctionnelle combinant bureaux et logements sociaux. La ville n’évoque nulle part les défis techniques posés par les réglementations incendie et accessibilité qui compliquent toute conversion de bureaux. La commission la somme enfin d’évaluer l’impact du caractère obligatoire du BRS qui soulève un enjeu juridique de démembrement forcé de propriété car les propriétaires privés ne pourront pas se conformer au statut d’Office Public Solidaire.


Cette conversion à marche forcée, en plus d’évincer les familles des classes moyennes, promet de transformer Paris en profondeur. Plus de la moitié des deux millions d’emplois parisiens sont déjà occupés par des habitants de banlieue. Qui financera la politique coûteuse de la mairie si des entreprises parisiennes sont chassées en banlieue par la mairie de Paris ? Qui remboursera la dette municipale de 8,7 milliards ?


Paris a prospéré jusqu’ici avec un taux de chômage de 5,9 % grâce à ses sièges sociaux et ses entreprises à haute valeur ajoutée. Le PIB parisien approche 120 milliards d’euros, soit un niveau par habitant supérieur de 50 % à la moyenne nationale. La commission d'enquête sur le PLU souligne dans son rapport le risque de ghettoïsation de quartiers entiers compte-tenu du nombre de logements sociaux envisagé, citant l’exemple de « Bercy-Charenton », que la politique de déplacements tend à accélérer.


La doctrine de la Ville du Quart d’Heure partitionne Paris en quartiers supposés autarciques, à l’opposé de la qualité essentielle d’une ville : la mobilité. L’approche idéologique de l’exécutif municipal repose sur le découragement des conducteurs motorisés en favorisant les embouteillages par des plans de circulation infernaux et des carrefours infranchissables. Cette restriction de la liberté de circuler réduit les choix professionnels, culturels et commerciaux de tous. La vitalité économique et culturelle de Paris en souffre significativement comme l’illustre le taux de vacance commerciale historique et les soucis des salles de spectacle privées. C’est aussi un manque-à-gagner en termes de PIB avec une moyenne annuelle de 120 heures perdues dans les bouchons. Sans même évoquer la surconsommation de carburant de 45 % due aux embouteillages générant 645 kg de CO2 par automobiliste. Au lieu de tenir compte des alertes des acteurs économiques, l'exécutif municipal poursuit cette politique au pas de course avec la fermeture du pont d’Iéna ou la Zone de Trafic Limité. Une pause dans ces transformations brutales nous semble nécessaire pour évaluer l'impact de tous les changements imposés depuis 4 ans.


Paris dispose d’atouts considérables avec ses grandes écoles, universités, laboratoires et entreprises de pointe. Nous risquons néanmoins de décrocher face à la concurrence de Londres, New York et Singapour. Nous appartenons à une génération d'élus de droite enclins à diminuer la place de la voiture à Paris, à condition d’avoir une approche pragmatique garante de fluidité dans la mobilité plutôt qu’idéologique comme aujourd’hui. Nous sommes attachés au respect de la propriété privée et à la liberté d'entreprendre. Voilà pourquoi nous préconisons de libérer les entreprises parisiennes des menaces municipales sur le foncier. Paris ne doit pas devenir une ville-silos mais au contraire se décloisonner et s’ouvrir au Grand Paris où se trouve son avenir. Substituons des logements intermédiaires aux logements très sociaux pour faire revenir les classes moyennes et loger les salariés parisiens et les agents municipaux. Réparons Paris pour attirer à nouveau les familles. Revitalisons les quartiers submergés par le surtourisme ou désertés par les classes moyennes. Notre ambition, c’est de laisser Paris à nouveau respirer pour préserver sa créativité et sa qualité de vie.


Aurélien Véron et Valérie Montandon

Tribune publiée dans L'Opinion ce jour


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