La dette de la Ville de Paris atteint 8.7 milliards d'euros en cette fin d'année. On peut parler d'une dette réelle de Paris à 11 milliards d'euros si on ajoute la part d'emprunts des bailleurs sociaux qui ont financé les dépenses courantes de la mairie (les fameux 'loyers capitalisés') entre 2016 et 2022 avant que Rachida Dati ne fasse interdire cette pratique en intervenant auprès de Bercy.
L'année prochaine, malgré ses prévisions très optimistes de rentrées fiscales, notamment des droits de mutation (les fameux "frais de notaire"), la ville prévoit d'emprunter 994 millions d'euros supplémentaires sur les marchés, et presqu'autant en 2026. Elle n'a évidemment pas réserves pendant les années grasses. Le temps des vaches maigres ayant commencé, la maire accélère sa fuite en avant.
Cet argent couvre tous les investissements innovants comme l'Académie du Climat qui accueille les activistes écologistes d'Extinction Rebellion par exemple, afin qu'ils recrutent des jeunes dans un cadre digne d'eux et les forment à la désobéissance civile. Il permet d'équiper de nombreuses associations aux bilans aussi obscurs que leur amitié est forte avec les composantes de la majorité municipale.
Mais une grosse partie de la dette finance les préemptions d'immeubles pour les convertir en logements privés. Une étude de Newmark nous informe que les préemptions et acquisitions d'immeubles par la Ville de Paris pèsent 40% de l'ensemble des transactions à Paris depuis début 2023, y compris à Paris Centre où chaque conseil municipal voit des immeubles entiers rentrer dans le patrimoine municipal. Paris a ainsi "investi" 1.1 milliards d'euros (hors travaux), réduisant toujours plus l'offre de logements libres, ce qui renforce la pénurie qui évince les classes moyenne de Paris. Alors que 25% des logements parisiens sont des logements sociaux, l'exécutif municipal veut atteindre 40% dans les prochaines années en continuant sa politique de préemptions arbitraires.
Elle réduit donc d'autant le parc de logements libres, amplifiant la pénurie qui maintient les prix du m2 élevés et poursuivant sa politique d'éviction des familles et des classes moyennes.
Je dois ajouter un point à ce bilan. Une partie de la dette attachée aux préemptions apparait (très discrètement) au bilan des bailleurs sociaux. Car le montage des 'loyers capitalisés' continue. C'est autorisé à partir du moment où ils financent le budget d'investissement et non de fonctionnement de la mairie. Les bailleurs sociaux sont extrêmement discrets quand il s'agit d'évoquer leur endettement, pour l'essentiel indexé sur le Livret A. Certains ne publient même pas en ligne leur rapport financier. Sans doute pour ne pas nous inquiéter.
L'open data nous permet de récupérer en ligne l'intégralité des dettes liées au logement social (dont la mairie de Paris est généralement solidaire à hauteur de 50%, ce qu'on appelle sa dette hors bilan, jamais publiée non plus). En faisant le ménage à la main dans ce fatras, je suis parvenu au chiffre de 3 milliards d'encours encore dus pour le parc social de Paris Centre. Ce chiffre me parait excessif, les données hétéroclites récupérées dans l'open data municipal ne semblent donc pas très fiables. Mes demandes au Conseil de Paris n'ont jamais abouti. L'exécutif municipal a refusé de communiquer aux élus la moindre estimation. Je continuerai à pousser la demande d'audit public des comptes et de la sociologie du parc parisien de logements sociaux souvent en mauvais état et très lourdement subventionné sachant que les loyers peinent à couvrir les seuls intérêts de la dette.