Subject: Le commerce se porte-t-il bien à Paris Centre ?

Madame,

Monsieur,



L'année 2025 démarrera par un apéro-débat (detox pour ceux qui auront abusé pendant les fêtes) autour de la vie du commerce à Paris Centre. Se porte-t-il bien comme le clame la mairie ? Quelles mutations sont en train de vivre nos quartiers ces dernières années ?

Comme pour le débat sur le tourisme, vous êtes évidemment bienvenus à cet apéro mensuel qui se tiendra chaque premier lundi du mois.


Le commerce concerne notre quotidien. Il donne son tempo à nos quartiers. Commerces de proximité, bistros, commerces de spécialité, galeristes et antiquaires, fast food, bars à bubble tea, grandes enseignes et même grandes surfaces comme le BHV (en difficultés) ou Eataly (cédé par les Galeries Lafayette qui se dégage complètement du centre de Paris).



Depuis 2020, les chocs s'enchainent du Covid aux Jeux Olympiques et Paralympiques. Sans oublier la dissolution et la succession de gouvernements qui ont suspendu nombre d'investissements. L'ambiance est moins propice à la consommation plaisir.


Mais un facteur vient s'ajouter aux autres : l'empilement des mesures bloquant la circulation : plans de circulation, fermetures d'axes et de ponts, explosion du prix du stationnement tandis que les places ont été divisées par 2, ZTL...


Hôteliers, restaurateurs, bijoutiers... 184 commerçants de Paris Centre accompagnés par la Fédération nationale de l’habillement et l’Alliance du commerce ont déposé ce matin un recours contre la Ville de Paris pour annuler la zone à trafic limité (ZTL) instaurée le 4 novembre dernier, comme l'expose cet article. Partant d'une intention louable, cette ZTL aussi singulière qu'improvisée s'avère dangereuse et inapplicable comme je l'ai exposé dans une newsletter précédente (je vous la renvoie sur demande). Pour les commerçants impactés : «baisse importante de la fréquentation dans les quartiers concernés, notamment en raison d’une communication confuse sur les règles d’entrée». Ils affirment que cette «mesure complique l’arrivée des clients, des fournisseurs et livreurs, entraînant une désertification progressive des secteurs jadis dynamiques».



La mairie s'appuie sur une étude de l'APUR qui a interrogé 6.700 clients à Paris Centre sur 36 lieux principaux en avril dernier, avant les blocages dus aux Jeux Olympiques et Paralympiques. Cette enquête vise à relativiser le poids des clients véhiculés en précisant que 88% des déplacements sont réalisés en transports en commun ou à pied et moins de 5% en véhicule ou 2-roues motorisés. Mais elle ne prend pas en compte la baisse contrainte de circulation à Paris ces dernières années avec les plans de circulation décourageants. Cette étude vient alors que les commerces indépendants souffrent d'une baisse de leur clientèle aux budgets les plus élevés. Les chiffres de 2019 à Paris Centre auraient été utiles pour mesurer le facteur de corrélation.


Elle n'indique pas non plus le panier moyen de dépenses cumulées selon les modes de transport. Venir en voiture pour enchainer des achats, un bon restau et une pièce de théâtre apporte plus au commerce qu'un piéton qui vient boire une bière. L'un n'empêche pas l'autre, mais les commerçants constatent l'impact lourd sur leur activité de la forte réduction des premiers.



QUELQUES CHIFFRES

Sur 11.193 locaux en rez-de-chaussée à Paris Centre, 8.157 sont des commerces. Cela constitue une forte densité commerciale avec 82 commerces pour 1000 habitants (contre 28 en moyenne à Paris) :


Nature des commerces :

  1. 58 % de commerces de destination (des petites boutiques aux grandes surfaces en passant par les grandes enseignes; produits pour la maison, textile, galeristes, antiquaires....)

  2. 15 % de commerces de proximité (par exemple rue de Bretagne, rue Montorgueil ou une petite portion de la rue Saint-Honoré)

  3. 27 % de bars, cafés et restaurant

L'enquête de l'APUR vient un peu après la bataille, les plans de circulation ayant déjà significativement réduit les déplacements motorisés. Seuls 4% des clients interrogés viennent en voiture, 2 roues motorisées ou en VTC/taxi. Quelques remarques :


Les achats inférieurs à 20€ concernent à 43% les commerces de destination (28% les bars & restaus). Cette part monte à 69% pour les dépenses entre 20€ et 50%, 88% entre 50€ et 100€ , 97% entre 100€ et 200€, 98% au-delà. Les achats supérieurs à 200e concernent en premier les clients provinciaux ou étrangers, le double des clients parisiens ou franciliens. les clients venant en véhicule ou 2-roues ont un panier d'achat supérieur aux autres et représentent encore 12% des achats supérieurs à 200€. Combien étaient-ils en 2019 ?


Origine des clients des commerces de Paris Centre :

  1. 16 % habitent Paris Centre

  2. 10 % travaillent dans Paris Centre

  3. 74 % ne vivent pas, ni ne travaillent à Paris Centre

Parmi eux : 35% sont franciliens, 13% provinciaux ou étrangers.


Environ 1% vient en 2-roues motorisées, 2 à % en voiture et 1% en VTC/taxi.

Origines sociales : 30% sont des cadres (28% à Paris), 23% des étudiants (10% à Paris), 21% des ouvriers/employés (13% à Paris) et 10% des retraités (19% à Paris).


Ne réduisons pas la vie des habitants à ces seuls aspects, bien qu'une ville évolue avec ses commerces. Mais le taux de vacance historiquement élevé illustre une crise existentielle du commerce à Paris, particulièrement à Paris Centre où la clientèle touristique au panier d'achat plutôt faible se concentre de plus en plus. Fast foods et grandes enseignes vampirisent progressivement les commerces traditionnels de proximité ou de destination. La mono activité gagne chaque mois un peu plus avec toutes les nuisances qu'elle engendre (terrasses envahissantes, rues de la soif, montagnes de déchets issus des fast foods et boissons à emporter). Notre qualité de vie est intimement liée à ces changements qui découlent eux-mêmes d'une politique municipale donnant priorité à certains publics (les touristes) plutôt qu'à d'autres (les familles).



CONSEIL DE PARIS

Le dernier Conseil de Paris n'a duré que 3 jours. Le budget 2025 a été voté malgré notre proposition de contre-budget instaurant un retour à la rigueur (baisse des effectifs municipaux dans les bureaux, externalisation de prestations pour en améliorer la qualité et en baisser le coût, fin des préemptions de logements privés pour conversion en HLM...).

La mairie empruntera donc à nouveau près d'un milliard d'euros sur les marchés financiers qu'elle enrichit chaque année un peu plus par les intérêts versés, surtout en pleine hausse des taux.


Le service de la dette dépassera d'ailleurs 530 millions d'euros. C'est plus que le budget de sécurité de la ville !




Bien à vous,

Aurélien Véron

Conseiller de Paris et Métropolitain


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