Madame, Monsieur,
La vague de froid a une nouvelle fois servi de prétexte à un ballet indécent entre la majorité municipale et le gouvernement. Chacun instrumentalise la misère, chacun se renvoie la balle. C’est devenu un rituel bien rodé. Dans les textes, les mineurs relèvent de la Ville de Paris, les majeurs de l’État, qui consacre déjà 2,3 milliards d’euros par an à l’hébergement d’urgence. Dans la rue, cette distinction politico-administrative ne réchauffe personne. La réalité impose du pragmatisme, de la réactivité, et surtout de l’action. Chacun peut et doit agir à son niveau. Le Carreau du Temple a accueilli 300 femmes et enfants à la rue. C’est une bonne décision, que je salue. Mais comment ne pas regretter que la Gaîté Lyrique, capable d’accueillir 450 jeunes migrants pendant plusieurs mois fin 2024, ou l’Académie du Climat, fermée et donc encore plus vide que d’ordinaire, n’aient pas pris le relais quelques jours durant ? Nous disposons de deux bains douches municipaux largement sous-exploités.
Je rappelle au passage que l'ancien maire du 1er arrondissement, Jean-François Legaret, avait ouvert sa mairie aux sans-abri lors d’une vague de grand froid. Il fut le premier (et le dernier) à le faire. Exemple à méditer... et dont il faudra s'inspirer. Au-delà de la situation d'urgence due au grand froid et à la tempête Goretti, l'enjeu de la rue ne s'arrête pas à ces quelques jours. Personne n'a la baguette magique pour résoudre les soucis personnels, parfois psychiques, de toutes les personnes à la rue. Et pendant que certains se renvoient des communiqués, des agents municipaux dorment dans la rue. Avec Rachida Dati, nous avons échangé avec une puéricultrice de crèche dormant sous une tente devant l’école Saint-Merri. Un agent de propreté m’a également confié sa situation dramatique suite à une séparation douloureuse, dans l’attente hypothétique d’un des 272.000 logements sociaux parisiens. Voilà la réalité brutale.
| La question des personnes sans abri ne se règle ni par des slogans ni depuis un bureau. Elle exige une coordination permanente et exigeante entre la Ville et les associations de terrain, celles qui agissent là où aucune administration ne peut se substituer : maraudes, soupes populaires, accompagnement vers le relogement, réinsertion. Des parcours longs, complexes, humains.
Je créerai un Conseil de la Veille qui réunira chaque mois l’ensemble des acteurs de terrain : maraudes, relogement, soupes populaires, cafés solidaires, travailleurs sociaux, police municipale. Ce lieu de coordination opérationnelle permettra de croiser les expériences, de lever des blocages très concrets et d’apporter des réponses rapides, aussi bien pour les personnes sans abri que pour les habitants. Mieux prévenir les situations d’agressivité ou d’addiction, lorsque les habitants se sentent en danger, ce qui est inacceptable. Résoudre les problèmes logistiques des associations. Activer les bons leviers quand un petit coup de pouce peut sortir quelqu'un de la rue. Mettre en commun les solutions quand certains restent seuls face aux difficultés. De l’intelligence collective, au service du réel. Moins de postures. Plus d’efficacité. Moins d’idéologie. Plus d’humanité.
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