Subject: Le crack descend à Paris Centre

Madame,

Monsieur,



Le fléau du crack ne concerne plus seulement le triangle Porte de la Chapelle - Porte de Pantin - Garde du Nord. Il descend et se répand dans le 2ème arrondissement de la rue de la Lune à l'entrée du tunnel sous les Halles du côté de la rue du Louvre. Des pipettes cassées, des seringues usagées et d'autres détritus de cette nature se répandent square Jacques Biidault et ailleurs.


La mairie de Paris Centre a décidé très discrètement d'ouvrir un Centre d’Accueil et d’Accompagnement à la Réduction des risques pour Usagers de Drogues (CAARUD) au 76 rue de Cléry dans le 2ème arrondissement en concertation avec le ministre chargé de la santé après avis favorable de l'ARS. Depuis peu, 30 à 50 accrocs au crack et à d'autres drogues puissantes viennent chaque jour suivre un accompagnement individualisé sur place. Je trouve pour ma part étonnant qu'il n'y ait pas eu de débat sur l'arrivée d'un tel dispositif. L'opacité n'est jamais une bonne méthode pour les sujets graves. Et celui-ci l'est particulièrement.


Voilà pourquoi je me trouverai ce soir devant ce centre rue de Cléry à 18h30 à l'appel de riverains inquiets pour un échange libre sur le sujet.



Pour vous rassurer, il ne s'agit pas d'une Salle de Consommation à Moindre Risque (SCMR) qualifiée de "salle de shoot". Ce surnom vient du fait que ce type d'établissement invite les toxicos à venir se droguer dans un cadre "apaisé" (pour eux, pas pour les riverains) et à bénéficier d'une immunité pénale dans leur pratique. Les abords des SCMR profitent aussi d’une "politique pénale adaptée". En clair, pas d'intervention des forces de l'ordre lorsque des addicts au crack se piquent ou fument leurs cailloux dans la rue, ni lorsque des rixes éclatent entre dealers et consommateurs de ces produits stupéfiants. Nous n'en sommes pas là avec ce CAARUD. mais gardons à l'esprit qu'il peut décider d'ouvrir un SCMR dans des locaux voisins. Vigilance.


J'ai observé de près les ravages du crack sur les consommateurs mais aussi sur les riverains pendant mes années de travail à Pantin qui me faisaient traverser le triangle du crack. Egalement lors de mes déplacements auprès de collectifs de riverains luttant contre les campements de toxicos en bas de chez eux ou dans leurs squares. J'ai enfin participé à des débats d'associations favorables au traitement des toxicos par les SCMR et les CAARUD pour entendre tous les avis.


Les accrocs au crack sont profondément malades, au plus grand désespoir de leur famille. Ils sont dangereux pour eux-mêmes mais également pour autrui. S'il n'existe pas de solution magique pour traiter cette addiction pathologique, le laissez-faire et l'incitation à poursuivre cette consommation au calme ne sont certainement pas de bonnes réponses. Passé un certain stade d'addiction et de dégradation physique et psychologique, j'estime impossible la vie de ces personnes gravement malades au contact quotidien des familles. Leur état nécessite une prise en charge médicale et psychiatrique longue.


La mairie et la préfecture de police ont le devoir d'assurer la sécurité du quartier. La condition du succès de l'action du CAARUD, c'est le maintien de calme et de sécurité dans le quartier. Cela nécessite de la transparence de la part des acteurs du CAARUD eux-mêmes. Si tous ces acteurs se révèlent incapables d'assurer la sérénité du quartier, ce centre n'aura pas mon soutien.



L'HISTOIRE DU CRACK


Apparu dans les années 90, le crack (appelé « cocaïne basée » ou « free base ») est un dérivé très addictif du chlorhydrate de cocaïne, résultant de l’adjonction de bicarbonate ou d’ammoniac. Cette transformation permet une cristallisation de la poudre en petits cailloux, destinés à être fumés et, plus rarement, injectés. Les effets sont rapides mais plus courts (10 à 15 minutes au lieu d'une heure), conduisant les consommateurs à une multiplication des prises. Les saisies explosent depuis une dizaine d'années pour atteindre 28 tonnes en 2022.


Une grande partie des consommateurs viennent dorénavant du monde des boites de nuit et des rave party. Les trafiquants parviennent aussi à se constituer une clientèle parmi les migrants en grande précarité auxquels ils font croire qu'ils oublieront leurs angoisses. Ce produit conduit très souvent à une addiction profonde avec des complications psychiatriques (troubles cognitifs, dépression…), somatiques (complications respiratoires, infectieuses, cardio-vasculaires, neurologiques…) et sociales (rupture familiale, perte d’emploi, perte du bail, incarcération pour détention de produit illicite, etc.). Les comportements des consommateurs de crack deviennent imprévisibles, parfois violentes sans raison.


Les centres de soin, d'accompagnement et de prévention ont estimé le nombre de consommateurs de crack à environ 43.000 en 2019 en France. Dont la moitié à Paris et en proche banlieue. Ils étaient alors près de 800 à vivre dans la rue. C'était avant le Covid. La demande ne cesse hélas de croitre.




Rappel de notre soirée le 7 novembre :




Bien respectueusement,

Aurélien Véron

Conseiller de Paris et Métropolitain, élu de Paris Centre


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