Madame, Monsieur,
Demain s'ouvre un nouveau Conseil de Paris qui s'étendra sur quatre jours. On pourrait croire que nous y débattrons de l'exode accéléré des familles, de l'effondrement de l'offre de logements, de l'insécurité qui gagne du terrain, de la propreté qui se dégrade ou encore d'une dette municipale désormais hors de contrôle. Mais non. Comme lors de presque chaque séance depuis le 7 octobre 2023, nous parlerons du Moyen-Orient. Les crèches ferment, les rues se dégradent, les classes moyennes quittent Paris, les commerces souffrent, les finances sombrent, mais l'Hôtel de Ville se rêve désormais en ministère des Affaires étrangères du Proche-Orient. Depuis vingt mois, la surenchère propalestinienne est devenue un véritable sport municipal. Après les vœux, les déclarations, les motions, les communiqués, les rassemblements officiels et les indignations sélectives, voici désormais la nouvelle étape de cette escalade symbolique : l'exécutif parisien propose d'accorder la citoyenneté d'honneur de la Ville de Paris à l'ensemble des Gazaouis et des Palestiniens. Rien que cela.
Par ailleurs, la transformation de la compassion à l'égard de populations en situation de souffrance en distinction honorifique collective relève d'une confusion morale et politique dont Paris n'avait pas besoin. Une distinction autrefois réservée à des femmes et des hommes dont le courage, le sacrifice ou l'œuvre honoraient Paris sera ainsi attribuée cette semaine à plusieurs millions de personnes, indistinctement, sans considération de leurs actes, de leurs engagements ou de leurs convictions. Y compris, donc, à ceux qui ont célébré le pogrom du 7 octobre. Y compris à ceux qui ont hué, frappé ou craché sur les otages ensanglantés exhibés comme des trophées à l'arrière des pick-up du Hamas. Cette évolution de la majorité municipale n'est pas récente, personne ne peut s'y tromper.
L'affaire de la librairie Violette and Co en fut une illustration saisissante. J'avais obtenu fin 2025 le rejet d'une subvention municipale destinée à cet établissement qui diffusait fièrement From the River to the Sea, appel explicite à l'éradication d'Israël. Cet ouvrage pour enfants publié après le 7 octobre glorifiait également les « chahids », ces prétendus martyrs de la cause palestinienne. Poussé dans ses retranchements lors du débat que j'avais alors provoqué, le premier adjoint de l'époque, Patrick Bloche, avait lui-même fini par reconnaître le caractère antisémite de cet ouvrage. On aurait pu croire l'affaire entendue.
C'était mal connaître la détermination de la majorité municipale. Le mois suivant, la même subvention revenait devant le Conseil de Paris. Cette fois, les troupes étaient mobilisées. Les élus de la majorité étaient venus en nombre pour s'assurer que le vote ne déraille pas une seconde fois. Malgré notre opposition, la subvention fut adoptée. Le message était limpide : lorsqu'une cause est jugée suffisamment conforme à l'air du temps militant, les principes les plus élémentaires deviennent soudain négociables. Les antisémites, les révolutionnaires de salon et tous ceux qui considèrent l'Occident comme la source de tous les maux ne s'y trompent d'ailleurs pas. Ils applaudissent avec enthousiasme cette confusion entre compassion, militantisme et reconnaissance honorifique.
On peut éprouver de la compassion pour les souffrances des populations civiles de Gaza, prises au piège d'une guerre déclenchée par la barbarie du Hamas, et de Cisjordanie. Mais la compassion n'est pas une décoration. L'émotion n'est pas un critère. Et la citoyenneté d'honneur n'est pas censée devenir l'accessoire de communication d'une majorité municipale en quête permanente de causes à embrasser
Voici ma position sur ce détournement d'une distinction qui constitue pour moi une grave faute morale, une faute historique : | | | |
Cordialement, Aurélien Véron Conseiller de Paris, élu à Paris Centre
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