Madame, Monsieur,
Le Marais se transforme peu à peu en zoo à touristes. Pendant que d’autres secteurs de Paris, pourtant riches en patrimoine et en potentiel touristique, restent à l’écart des flux, Paris Centre concentre toujours davantage de visiteurs. C'est le sens de la politique municipale qui poursuit son travail de sape de la vie de quartier et se félicite du résultat. Tant pis (tant mieux ?) si les habitants étouffent, râlent ou finissent par partir. D’ailleurs, lorsqu’ils s’en vont, elle les remplace volontiers par quelques logements sociaux supplémentaires, souvent occupés par des ménages dont la vie quotidienne se déroule largement en dehors du quartier. Le tissu humain qui faisait l’âme du Marais se délite lentement.
Tout est devenu plus compliqué pour ceux qui voudraient simplement y vivre : circuler, se loger, se garer, faire leurs courses, élever leurs enfants. Le message est clair : le Marais n’est plus un quartier habité, c’est un décor visité. La conséquence la plus visible se lit dans les vitrines. Les loyers commerciaux explosent sur les grandes artères touristiques. Les commerces indépendants, les artisans, les librairies spécialisées, les merceries, les quincailleries et tous ces commerces qui rendaient le quartier vivant sont priés d'aller ailleurs. À leur place : des enseignes internationales, des parfums, des vêtements, des concepts stores interchangeables et des boutiques calibrées pour la consommation touristique de masse.
Le symbole est cruel. La librairie queer Les Mots à la Bouche a laissé place à Doc Martens il y a quelques années. Tout un récit de la transformation du quartier tient dans ce simple remplacement. Le week-end dernier, l’une des dernières merceries parisiennes a fermé ses portes après trente-trois années de bons et loyaux services. Les affaires marchaient pourtant. Mais le propriétaire des murs a doublé le loyer. Une grande enseigne globalisées de mode ou de parfumerie sans âme prendra bientôt sa place. Le surtourisme paiera la différence.
Nous ne pouvons nous résoudre à voir disparaitre le Marais réel. Celui des habitants, des artisans, des commerçants passionnés, des rencontres imprévues et des singularités parisiennes.
Nous devons nous ériger contre la transformation du quartier en parc d’attractions patrimonial à ciel ouvert pour ne pas voir la mairie réussir au-delà de ses espérances lorsqu'il ne restera plus que les façades, les selfies et les files d’attente. Sanspersonne derrière les décors. Comme au centre de Rome ou à Venise. | | | |
Hier soir, le Cox fêtait ses 30 ans. Trente ans pour ce bar gay emblématique du Marais. Trente ans de rencontres, de nuits parisiennes, d’amitiés, de combats aussi. Trente ans à faire vivre une part essentielle de l’identité du quartier. En plein Mois des Fiertés, l’établissement souhaitait célébrer cet anniversaire comme il se devait, dans la rue, avec ses habitués, ses anciens, ses voisins, tous ceux qui ont contribué à façonner l’âme du Marais queer. L’autorisation n’est jamais venue. La préfecture a refusé, faute de soutien clairement exprimé par la municipalité. La mairie de Paris ainsi que celle de Paris Centre n’ont pas dit non. Elle n’ont simplement rien dit. Et dans l’administration, l’absence de soutien vaut souvent opposition silencieuse. En l’absence d’un engagement clair de la Ville et de l’arrondissement, la préfecture a choisi la prudence. C’est tout de même une étrange époque. La mairie couvre ses façades de drapeaux arc-en-ciel. Elle multiplie les discours sur la diversité, l’inclusion et les mémoires LGBTQIA+. Mais lorsqu’il s’agit de soutenir concrètement l’un des lieux qui ont fait l’histoire du Marais gay, il n’y a plus grand monde. Le militantisme d’affichage est une chose. Défendre les lieux, les commerces, les bars et les institutions qui ont réellement construit cette histoire en est une autre.
Heureusement, la fête a tout de même eu lieu. Plus modeste, plus contrainte, mais joyeuse. Les sourires étaient là. Les souvenirs aussi. Car malgré l’indifférence administrative, malgré la disparition progressive de ses bars, de ses commerces et de ses lieux de sociabilité, le Marais gay demeure bien vivant. Et ceux qui imaginent qu’il suffira de quelques interdictions, de quelques fermetures et de beaucoup d’inaction pour effacer trente ans d’histoire se trompent lourdement. Le Marais gay est né bien avant les campagnes de communication municipales. Il leur survivra.
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Cordialement, Aurélien Véron Conseiller de Paris, élu à Paris Centre
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