Madame, Monsieur,
Les quatre journées du Conseil de Paris ont offert leur lot habituel de scènes improbables. Entre interruptions, coups de théâtre, indignations sur commande et débats hors sujet, les élus de LFI ont poursuivi leur œuvre de transformation méthodique de l’Hôtel de Ville. Le Conseil de Paris n’est plus vraiment tourné vers la vie des Parisiens. Il est devenu à la fois une annexe de campagne présidentielle, une assemblée générale de l’extrême gauche et un ministère fantôme des Affaires étrangères. Dans ce chaos, nous avons tout de même obtenu deux victoires importantes. La première : le report du projet de réforme de la Commission du Vieux Paris. Derrière cette discrète délibération se cachait une tentative d’affaiblissement en règle de l’une des rares institutions encore capables de rappeler que Paris possède une histoire antérieure à la dernière assemblée générale des militants de l’urbanisme tactique. Le projet prévoyait notamment la suppression des sièges réservés aux élus ainsi qu’à plusieurs experts. Une curieuse conception du débat patrimonial : moins d’élus, moins d’experts, mais sans doute davantage de communicants. Il faut dire qu’Emmanuel Grégoire ne dissimule guère son intérêt limité pour le patrimoine. Anne Hidalgo, malgré tous les désaccords que nous avons pu avoir avec elle, avait au moins confié ce dossier à une adjointe engagée, Karen Taïeb, dont le travail a été largement salué. Cette fois-ci, aucun adjoint au patrimoine. Le sujet a été relégué dans une modeste délégation créée tardivement et rattachée non pas à la culture mais à l’urbanisme. Tout un symbole.
À l’Hôtel de Ville, le patrimoine semble de plus en plus considéré comme un obstacle encombrant aux projets de bétonisation urbaine. Beaucoup d’élus de la majorité paraissent d’ailleurs éprouver davantage d’enthousiasme pour les tiers-lieux bricolés, les squats d’artistes subventionnés, les ZAD urbaines et les palettes transformées en mobilier expérimental que pour les façades, les places et les perspectives qui font pourtant la singularité de Paris. Merci à Anne Biraben, dont l’intervention précise et déterminée au sein de notre groupe Paris Liberté ! Ensuite, nous avons obtenu au forceps une Mission d'Information et d'Evaluation (MIE) sur les violences sexuelles dans le périscolaire grâce aux efforts répétés de groupe Paris Liberté ! coordonnés par Inès de Raguenel qui a été l'une des lanceuses d'alerte chronique tout au long du dernier mandat. La mairie a tenté d'étouffer cette idée en proposant un conseil de parents d'élèves tirés au sort, échec flagrant qui, dans l'opacité et l'arbitraire, n'a rien donné. Une MIE permettra enfin aux élus et aux parents d'écouter tous les acteurs concernés, les experts et, une fois dressé le diagnostic, de proposer des mesures et un cadre robustes pour les écoles et le périscolaire dès la rentrée prochaine. Pour rappel, 132 animateurs ont été suspendus, dont 52 pour suspicions de violences sexuelles ou sexistes depuis janvier.
Nous sommes par ailleurs 20 élus à avoir signé un signalement article 40 mettant en cause l'exécutif parisien dans son absence d'action lors des multiples alertes qui leur sont remontées, de parents d'élève et des élus de mon groupe. Cette non-assistance à mineurs en danger, parfois des tous petits, est une faute tragique pour les familles parisiennes qui sont déjà des milliers à fuir Paris chaque année. La mairie ne pourra s'exonérer de toute responsabilité dans ce scandale de grande ampleur.
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Palestiniens citoyens d'honneur de la Ville de Paris Le Conseil de Paris a offert une démonstration politique assez limpide en présence de l’ambassadrice de Palestine en France, Hala Abou-Hassira, longuement ovationnée par la majorité municipale, et de nombreux activistes palestiniens qui remplissaient les tribunes. Le verdict est tombé sous les applaudissements nourris : la citoyenneté d'honneur de la Ville de Paris n'est plus une distinction mais un tract militant. Les interventions de la majorité municipale, dont l’une arborait ostensiblement un keffieh, ont presque toutes reposé sur la même mécanique : opposer les Palestiniens, présentés comme les victimes exclusives du conflit, aux Israéliens, réduits au rôle de bourreaux ou de complices de génocide, d'apartheid, de racisme d’État. Tout le catalogue rhétorique a été déroulé avec application. Le mot Israël était prononcé, mais c’est implicitement sa légitimité même qui se trouvait placée sur le banc des accusés.
Peu importait que près de 20 % des citoyens israéliens soient arabes et disposent des mêmes droits politiques que les autres citoyens. Peu importe qu'on puisse y manifester librement contre la politique de Benjamin Netanyahou. Peu importait qu’Israël demeure le seul pays du Proche-Orient où se tient chaque année une marche des fiertés de grande ampleur, quand l’homosexualité expose encore à des persécutions, des violences et parfois à la mort dans les territoires palestiniens. Ces réalités n’avaient manifestement pas leur place dans le récit du jour.
À l’Hôtel de Ville, l’ambiance était sans ambiguïté : les militants propalestiniens étaient célébrés, tandis que les sionistes devenaient, de fait sinon de droit, de plus en plus persona non grata dans le débat parisien. Ariel Weil et les élus de la majorité à Paris Centre ont néanmoins voté cette délibération avec enthousiasme. Le spectacle des applaudissements donnait surtout l’impression d’assister à une cérémonie d’homologation idéologique davantage qu’à l’attribution d’une distinction honorifique.
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